Comment les supermarchés se font rembourser leurs invendus… par l’Etat

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Pas moins de 40% des 930 millions d’euros de déduction fiscale au titre du mécénat finissent dans les poches des grandes enseignes, les Leclerc, Carrefour, Casino et Auchan. Telle est la contrepartie de leurs dons.

«Nous distribuons l’équivalent de 350 millions d’euros de nourriture avec seulement 20 millions d’euros de frais de fonctionnement. C’est le système le plus performant.» L’argument de Jacques Bailet, patron national des Banques alimentaires, est sans appel. C’est d’ailleurs fort de ce constat qu’il a écrit aux députés mi-octobre. Touché, coulé. L’amendement de Joël Giraud, le rapporteur général du budget (LREM), qui plafonnait à 10 millions d’euros le crédit d’impôt des entreprises au titre du mécénat, pour freiner l’explosion de cette niche, a été abandonné.





Car c’est l’une des révélations du rapport de la Cour des comptes sur le mécénat : le gros de l’enveloppe est capté par la grande distribution. Pas moins de 40 % des 930 millions d’euros de déduction fiscale finissent dans les poches des grandes enseignes, les Leclerc, Carrefour, Casino et Auchan. Telle est la contrepartie de leurs dons. Si la générosité est souvent mise en avant dans leur communication, ces centaines de millions d’euros sont, eux, passés sous silence. Bref, ils donnent, mais c’est in fine l’Etat qui paie. Et les chiffres donnent le tournis : des dizaines de milliers de tonnes de nourriture, l’équivalent de 150 millions de repas. Rien de nouveau pourtant dans cette économie du don. Cela fait des dizaines d’années que la ramasse des organismes humanitaires, Restos du cœur, Secours catholique et Banques alimentaires, fait le tour des hypers.

Quelle aubaine !

Mais, depuis la loi antigaspillage de 2015, le système s’est profondément modifié, organisé. En interdisant la destruction de la nourriture pour les surfaces de vente de plus de 400 m2, en obligeant celles-ci à contracter avec une association, le législateur a placé l’Etat comme acheteur en dernier ressort. Une aubaine pour la grande distribution qui a fortement augmenté ses volumes de dons : + 25 % entre 2015 et 2016. «J’ai fait une économie de 300 000 €», témoigne Thomas Pocher, patron du Leclerc de Templeuve (Nord), un quart des bénéfices de l’hyper… Car le jeu en vaut la chandelle. Ces dons sont valorisés autour de 3,30 €/kg. «Officiellement, ces produits sont valorisés au prix de revient.




Mais la plupart du temps, sur les bordereaux que je devais traiter, c’était le prix en rayons qui apparaissait», se plaint Emmanuel de Longeaux, ex-patron de la Banque alimentaire de Rennes, qui pointe également la dégradation de la qualité des denrées fournies. Des entreprises qui inscrivent plus volontiers comme valeur du don le prix catalogue, c’est-à-dire avec leur marge, plutôt que le prix de revient, qui lui n’inclut pas leur rémunération ? C’est aussi le cas pour une intervention d’Eiffage au musée Picasso, au titre du mécénat de compétence. «Des contrôles plus récents de la cour ont montré d’autres faiblesses du dispositif. […] Ils font ressortir que l’évaluation du mécénat au prix de revient n’est pas systématiquement réalisée et est susceptible d’appréciations différentes», confirme la Cour des comptes.

Cette hausse des volumes est également une aubaine pour de nouveaux intermédiaires qui rapprochent l’offre des distributeurs de la demande des associations. Un business hyperrentable pour Phenix ou Comerso, deux start-up en pleine croissance. «Nous afficherons 10 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018, de quatre à cinq fois plus qu’en 2017», assure Jean Moreau, cofondateur de Phenix.

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