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Atteint au visage par un tir de flash-ball le 8 décembre sur les Champs-Élysées, Alexandre Frey, 37 ans, ne reverra plus jamais de l’œil droit.

on visage ensanglanté a fait le tour des réseaux sociaux lors de l’Acte 4 des Gilets jaunes à Paris, le 8 décembre dernier. Comme d’autres, Alexandre Frey a très lourdement payé sa décision d’aller manifester ce jour-là sur les Champs-Élysées : il ne reverra plus jamais de l’œil droit. « Il y a six mois, je me trouvais au même endroit pour fêter la victoire des Bleus avec mon fils de 9 ans ; jamais je n’aurais pensé perdre un jour un œil sur la plus belle avenue du monde. »

Ce papa divorcé de 37 ans, installé à Vendeuil-Caply, entre Breteuil et Froissy, était arrivé la veille en compagnie de trois amis.« J’avais déjà participé à l’Acte 2 parce que j’ai horreur des injustices. Et parce que je veux que mon fils ait un meilleur avenir. Mais jamais je n’ai cassé quoi que ce soit ou jeté un projectile sur les forces de l’ordre. D’ailleurs, je n’ai jamais cherché à dissimuler mon visage. Parce que mon intention était pacifique. »

Le 8 décembre, cet intermittent du spectacle va se rendre compte trop tard que les Champs-Élysées se sont transformées en zone de guerre. « Une fois dedans, on ne pouvait plus sortir. Il y avait de la fumée partout, des gens qui couraient, qui tombaient. Notre groupe a été séparé. On était là, à se faire viser comme des lapins. »

En compagnie d’un ami, Alexandre se réfugie contre un kiosque. Son ami tombe, atteint par un tir de flash-ball à la jambe. « J’ai senti une deuxième balle me frôler et la troisième, je l’ai prise en pleine figure. Au départ, les forces de l’ordre visaient les pieds, mais au fur et à mesure, on avait bien vu que les tirs montaient. ».

Opéré en urgence dans la nuit
Dans la panique, le jeune homme ne se rend pas compte de la gravité de sa blessure. « J’avais du sang sur les mains. Je répétais sans arrêt à mon ami : qu’est-ce qu’il a mon œil, qu’est-ce qu’il a mon œil ?? Parce que je ne sentais plus ce côté-là de mon visage. Mais il n’osait rien répondre. On a longé les murs pour se réfugier dans le hall d’un immeuble. »

C’est là qu’il sera finalement pris en charge par les pompiers et conduit à la fondation Rothshild. « Je me suis fait opérer dans la nuit et le chirurgien m’a confirmé que j’avais perdu mon œil. »

Alexandre a pu quitter l’hôpital quelques jours plus tard. « J’assume mes erreurs et mes choix. Mais même quelqu’un qui casse une vitre ne mérite pas de perdre un œil. C’est allé beaucoup trop loin. C’est pour cela que j’ai décidé de déposer plainte »

Entouré de sa famille et de ses amis, il va devoir maintenant apprendre à vivre avec ce handicap. « Je me dis que j’ai de la chance car je suis en vie. Je suis un battant ; j’essaye de garder la pêche. Je ne veux pas me voir comme un infirme et j’espère d’ailleurs pouvoir retravailler rapidement à 100 %. Mais je me demande aussi ce que je vais dire à mon fils. Que les forces de l’ordre m’ont tiré dessus alors que je n’ai rien fait ? Il ne va pas comprendre. Pour lui, les policiers sont là pour nous protéger. »

L’Acte 5 de ce samedi, Alexandre l’a regardé à la télévision.« J’étais content pour eux que ça ne pète pas trop. ». Il espère que les Gilets jaunes parviendront à faire entendre leurs revendications. « Parce que sinon, j’aurais l’impression d’avoir perdu mon œil pour rien. »

Une cagnotte solidaire a été ouverte sur internet pour aider Alexandre à financer ses frais d’hôpitaux : https ://www.leetchi.com/c/junior-45453703

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